Interview d'Expert Maud Chabert d'Hieres - Conseillère Conjugale & Familiale

L'amour, le couple et l'expatriation

 

Le grand amour

Nous aspirons tous au grand amour, à un amour émotionnel, qui pétille. Un amour où le plaisir, le désir, la séduction occupent la première place. Un amour où je ne me lasse pas de découvrir l'autre, où je m'abreuve de sa présence, où les deux amants sont complices. Un amour durable aussi.

Or parfois nous sommes confrontés à l'amour bafoué, trahi, qui ne correspond pas à nos rêves. Et là, j'ai une pensée particulière pour ceux qui actuellement souffrent d'un amour déçu, qui perdent confiance, qui se sentent piégés.

On a besoin de vérifier comment on aime et comment on est aimé. C'est le rôle d'une démarche de conseil conjugal. On vient se rassurer, se réassurer pourrais-je dire. On vient à la fois retrouver la confiance et la tranquillité d'esprit. On vient examiner si le bonheur est possible ou pas. C'est une exploration, un cheminement, un apprentissage, un travail.

 

Big bang

Quand deux personnes font couple, il y a comme un choc entre deux personnalités, deux cultures, deux visions. Expatriation ou pas. Couple biculturel ou pas. Je pourrais appeler cela le big bang ! Une dilatation rapide de deux cœurs qui vivent un choc et une attirance à la fois. Le travail en séance de conseil conjugal intervient parfois peu de temps après la rencontre et fait office d'action de prévention (et je félicite les couples qui anticipent et se mettent en route bien avant les gros problèmes). Parfois ce travail est initié de nombreuses années après la rencontre et là on est plutôt dans l'urgence (et je salue le courage de ces couples qui osent alors pousser la porte d'un cabinet de conseil conjugal).

 

Et ce travail que je qualifie de défi collectif, que nous allons relever ensemble (consultant et conseiller conjugal), va consister à faire la part des choses entre ce qui relève de l'individu et ce qui relève de l'histoire commune et donc du lien de couple.

Chacun des conjoints va faire le point sur sa façon d'aimer. Il va se demander : "Comment ai-je appris à aimer auparavant ? Qu'est-ce qui a provoqué mon désir chez l'autre ? Qu'est-ce qui m'a attaché à lui ?"… Il va prendre conscience des choix posés : valeurs fondatrices, mode de vie, choix professionnel, choix libidinal même.

Et parfois dans l'intimité d'un entretien, il va voir sa réalité autrement et envisager de l'accepter. Par exemple, si l'un a grandi dans une famille dans laquelle l'amour n'était pas ajusté, ou s'il souffre des dégâts de l'amour fusionnel… cela demande de changer de regard dans un environnement rassurant, en étant soutenu. Pour mieux vivre "l'à-venir".

 

Le couple idéal ?

Il n'y en a pas. Mais il y a diverses typologies de couple. Et c'est ce que nous questionnons dans la démarche de conseil conjugal en repérant sur quel modèle le couple s'est construit et quelles sont les valeurs qui l'animent.

Nous précisons ensemble quelles sont les fonctions que chacun des conjoints attribue à son couple, comment il exprime son désir à l'autre, comment il comprend celui de l'autre, dans quel imaginaire il évolue, quels sont ses fantasmes aussi et pour résumer dans quel microcosme évolue le couple.

Par exemple : est-ce que j'attends de mon couple une fonction de sexualité et d'intimité ou une fonction instrumentale (par exemple poursuivre une carrière professionnelle, faire une alliance familiale, combler une solitude, trouver du sens et réaliser un projet de vie…). Aller vérifier ce rêve maintient une dynamique, même si chaque couple est confronté à la difficulté de la réalité amère souvent bien éloignée de ses rêves…

 

bistro couple et identité

Les blessures une entrave à l'amour ?

Parfois, nous découvrons que la vie de couple réactive des blessures anciennes mal digérées, empêchant de vivre une vie conjugale sereine.

Lorsque je subis des blessures, je suis avant tout victime. Or, je ne peux pas indéfiniment me complaire dans ce statut de victime : l'enjeu est de me demander ce que j'ai fait de ce qui m'est arrivé.

Je vais, si j'en ai le désir, cheminer soit en couple, soit en séance individuelle, pour mieux me situer. Je vais d'abord nommer ce qui m'a fait mal : chacun de nous a besoin d'un amour réel chaleureux, tendre, bien situé dans une juste distance et qui reconnaît l'autre pour ce qu'il est et peut devenir. Lorsque je prends conscience que ce n'est pas le cas, je vais constater que j'ai pu réagir à cette blessure, et de quelle façon.

Première possibilité : j'ai vécu dans la réalité de la souffrance et je repère qu'elle m'a fait même grandir.

Deuxième cas : j'ai enfoui mes émotions pour survivre, à l'époque où je subissais cette blessure : et là, il se peut que les émotions enfouies restent actives malgré moi, et brouillent mon comportement. Le travail difficile mais ô combien porteur de sens, c'est de nommer ce qui m'a fait mal, le chagrin ressenti, la haine la jalousie, la peur, la révolte… Pas-à-pas, en étant soutenu par un professionnel comme le conseiller conjugal. C'est aussi de reconnaître ce qui m'a été fait, sans juger les personnes – c'est souvent cela qui fait peur – mais en restant factuel.

La troisième situation concerne les blessures qui portent en elles comme un germe de destruction. J'ai été blessé, j'ai éteint certaines parties de moi pour survivre – je ne me juge pas non plus- et aujourd'hui je peux constater que j'ai pris des chemins de traverse qui ne sont pas porteurs de vie. La démarche de conseil conjugal librement choisie va m'amener à changer de direction et à renoncer à ce qui est mortifère.

 

Des couples heureux ?

Les couples heureux vivent les mêmes difficultés que les couples qui finissent par se séparer. La différence est qu'ils réagissent autrement, ils parviennent à surmonter les conflits parce qu'ils se parlent, parce qu'ils mettent en œuvre leur intelligence émotionnelle et savent se dire "voilà où j'en suis", ils savent solliciter et recueillir la reconnaissance et la gratitude de l'autre, aller chercher les langages d'amour qui leur font du bien.

Ils se préoccupent de la croissance de leur couple et pas à pas ils vont mettre en place des outils propres à leur couple. Ils apprennent à quitter le ring, à sortir de la partie de ping-pong et à s'orienter vers un mieux-être à deux.

 couple Alex dessine moi

Credit Photo Merci Alex, Dessine Moi ! 

 

Le mot de la fin

C'est l'aspect positif de notre époque, on ne le dit pas assez : aujourd'hui on a les moyens de prendre soin de soi, de son couple, de sa famille. Il n'y a pas de honte à se faire aider, par exemple par un conseiller conjugal, c'est même un acte de bravoure, c'est une demi-victoire ! Et particulièrement lorsque l'on traverse des périodes difficiles : un deuil, une maladie, un changement radical de vie comme l'expatriation.

Cette démarche permet un recentrage qui dit le respect que j'ai pour moi et qui me fait me demander "au fond, qu'est-ce que je veux vraiment pour moi ?". C'est une question de désir, de liberté, de confiance, de courage aussi pour exprimer à l'autre ce que je ressens. Pour renouer ainsi avec l'énergie du changement.  

 Merci Maud Chabert d'Hieres ! Retrouvez notre conseillère conjugale et familiale dans notre Clinique ! 

 

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